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Les subak

Les subak et la gestion traditionnelle de l’eau à Bali

Lors de votre séjour à Bali, peu importe la saison à laquelle vous voyagez, vous aurez l’occasion de vous émerveiller devant de magnifiques rizières verdoyantes, entretenues depuis des siècles par des générations de paysans.

A Bali, il n’y a pas de saison pour la culture du riz, chaque région est mise en culture à différentes périodes de l’année. Si vous faites le tour de l’île pendant vos vacances à Bali, vous pourrez ainsi observer toutes les étapes de la culture du riz, de la mise en eau des parcelles à la récolte, en passant par la plantation.


C’est grâce à un système élaboré de partage de l’eau, ressource la plus sacrée de Bali, que les habitants de l’île sont devenus les plus efficaces producteurs de riz de tout l’archipel. Le partage de l’eau est ainsi géré par des canaux et des barrages entretenus par les subak, coopératives agricoles dont l’existence remonte au 9e siècle.

Les subak font partie intégrante de la vie sociale et religieuse à Bali, tout en restant indépendants des autres formes de pouvoir social et politique. A l’époque où Bali était divisée en petits royaumes qui se faisaient régulièrement la guerre pour la domination de l’île, les subak sont toujours restés à l’écart des conflits pour assurer leur tâche égalitaire et démocratique, soutenus par la solidarité paysanne.

Les chefs de subak, les pekaseh, ne sont pas choisis selon leur caste ou leur rang social mais en  fonction de leur connaissance du calendrier balinais et de la culture du riz. Leur rôle est très important car ils doivent coordonner le travail de dizaines de paysans, parfois des centaines, en gérant le calendrier de l’écoulement de l’eau et celui de la succession des rites.

A Bali le riz est considéré comme un don de Dieu qu’il faut honorer par des cérémonies. Le subak reflète le concept philosophique de Tri Hita Karana qui vise à une relation harmonieuse entre les humains, la nature et les esprits qui habitent la Terre. Les subak ont ainsi la charge d’organiser le cycle des cérémonies qui jalonnent la culture du riz. Chaque subak a son propre temple, ainsi que de plus petits autels dans les champs, appelés bedugul. Les temples principaux, que l’on appelle les temples d’eau, sont au cœur de la gestion coopérative de l’eau par les subak. Le plus important d’entre eux est le Pura Ulun Danu Batur, construit sur les bords du lac Batur dont les eaux sont considérées comme l’origine de toutes les sources et rivières de Bali. Le temple royal Pura Taman Ayun de Mengwi est quant à lui le plus grand et, d’un point de vue architectural, le plus remarquable des temples d’eau de Bali.


Jusque dans les années 60, le système des subak fonctionna à merveille, offrant aux habitants de Bali le riz nécessaire pour se nourrir, ce qui n’était pas le cas dans la plupart des autres îles indonésiennes. Afin de nourrir des dizaines de millions de personnes affamées, le gouvernement indonésien se lança dans la « révolution verte ». A Bali, les variétés de riz traditionnelles furent interdites pour être remplacées par des variétés plus performantes cultivées à l’aide d’engrais et de pesticides en abondance. Tout le système de répartition de l’eau fut remis en cause, géré désormais par des bureaucrates et non plus les prêtres et chefs de subak.

Les semis plus rapprochés permirent trois moissons annuelles au lieu d’une ou deux auparavant. Mais en oubliant les périodes de repos ou les cultures non irriguées entre chaque récolte, qui affamaient les insectes nuisibles, le nouveau système entraina la prolifération de ces insectes qui devenaient de plus en plus résistants aux pesticides. L’achat d’engrais et de pesticides absorba très rapidement tous les bénéfices des paysans, qui devenaient de plus en plus pauvres malgré les plus nombreuses récoltes.

Les experts des ministères oublièrent également le rôle social des subak. Les anciens accords de partage de l’eau n’étant plus respectés, les paysans adoptèrent la devise du « chacun pour soi ». Certains se révoltèrent et voulurent revenir à l’ancien système, recommencer à planter le riz traditionnel à tiges longues, plus résistant aux insectes et à la sécheresse et qui se conservait mieux, mais aussi qui avait meilleur goût. Mais le gouvernement s’y opposa, accusant les paysans de vouloir saboter le développement de l’Indonésie.


Dans les années 90, le gouvernement et les experts internationaux durent pourtant admettre l’échec de la gestion technocratique de l’eau. La chute du président Suharto en 1998 et le retour à la démocratie apportèrent un nouvel espoir aux subak. Les chefs et prêtres de subak retrouvèrent leur rôle de maîtres en irrigation.

Aujourd’hui, Bali compte environ 1200 subak, regroupant chacun de 50 à 400 fermiers qui se partagent la gestion de l’eau d’une source. Mais les habitants doivent faire face à une nouvelle problématique. Beaucoup de jeunes ont quitté les villages pour trouver du travail en ville. Les canaux d’irrigation mal entretenus se bouchent, remplis de sacs plastique. Les hôtels et villas qui ont remplacé de nombreuses rizières réclament toujours plus d’eau, asséchant les parcelles et détruisant les paysages que paradoxalement les touristes viennent admirer.

Alors pour que Bali conserve sa splendeur, il faudra trouver des moyens pour maintenir ce système millénaire de gestion de l’eau, la ressource la plus sacrée de Bali, et offrir des avantages qui permettront aux paysans de rester sur leurs terres. Depuis 2012, ils sont aidés par l’UNESCO qui a classé au patrimoine mondial le système des subak représenté par cinq sites : le lac Batur, le temple Pura Ulun Danu Batur, le bassin hydrographique de Pakerisan au sud du Batur (dont font partie le temple Tirta Empul et le site de Gunung Kawi à Tampaksiring), la région de Batukaru (dont font partie les subak de Jatiluwih et de Bedugul), le temple royal Pura Taman Ayun de Mengwi.